La France, puissance athlétique mineure ? - 2

"Dans un sport aussi mondialisé que l’athlétisme (environ deux fois plus de pays participants qu’en judo, mais autant qu’en natation), le système français détonne, avec une pratique sportive scolaire et universitaire infime, un réseau d’infrastructures et de super structures usé, un maillage national troué comme un vieux tricot (tout sur Paris, presque rien en province et rien dans les Dom-Tom), et développement du professionnalisme inexistant (formidables Brevets d’Etats qui ont éliminés les entraîneurs-nés “non formatés”, et ont amené sur les stades une armada de jeunes et moins jeunes à 8 euros de l’heure, chargés de l’entraînement des poussins aux seniors, du marketing, de la logistique, et du transport !).

Pourtant, Dieu (toujours le même) sait que Bernard (Amsallem) et ses pairs avaient relevé leurs manches en vue du mondial parisien en 2003, et les projets étaient nés, qui devaient réconcilier athlétisme et école, jeunes inorganisés et clubs. Les résultats avaient fait le reste, et les jeunes avaient afflué en masse dans les clubs, pour un temps limité, parce qu’il était souvent impossible de les encadrer, de les former.

Aujourd’hui comme hier, la réussite française est l’affaire de cellules entraîneurs-entrainés exceptionnelles, souvent au détriment de la vie personnelle.

Renaud Lavillenie, école de perche bordelaise, a été formé par son père, voltigeur équestre et ferronnier qui a tout lâché pour suivre l’ascension, du, des petits ! (Lavillenie junior arrive, tout aussi talentueux que le jeune grand-frère). Aujourd’hui, il fait lui aussi partie des passionnés à 8 euros de l’heure, et il a passé la main à « Ino », Damien Inocencio, produit de l’école clermontoise et ancien très bon perchiste lui-même. Romain Mesnil et Damiel Dossevi, c’est Georges Martin, entraîneur de Pierre Quinon avant eux (champion olympique français si si, en 1984), une école à lui tout seul.

Mahiédine Mekkhisssi-Benabbad, Bouabdallah Tahri, Medhi Baala, autant de grands noms de l’athlétisme directement lié à leurs entraîneurs, des « self made men» qui n’ont jamais rien attendu des instances fédérales, conscients que le salut viendrait des heures de connivences rudes à suer et peiner sur le stade.

Jacques Piasenta, François Pépin, Renaud Longuèvre, tous frères ennemis et grands « producteurs » de champions (Pérec, Girard, Djhone, Raquil, Ewanjé-Epée, Piquereau, Caristan, Doucouré, Lamalle,…) ont tous montés leurs propres structures professionnelles pour préserver et faire évoluer leurs groupes, en l’absence de soutiens qui prendraient en charge les moins connus de leurs internationaux.

Et tous ont l’amertume perceptible parfois, quand ils évoquent les vaches maigres, les luttes de pouvoirs, le manque de moyens ou de communication.

Alors ? La faute à pas de chance si nos lanceurs de poids s’évadent vers le rugby et le bobsleigh, si nos lanceuses de javelot rejoignent les rangs du handball et nos sauteurs en hauteurs ceux du basket, plus valorisants dans une société de consommation qui vous fourre quotidiennement sous le nez tous les croissants de la création ?

Je sais bien que je n’aurai convaincu que ceux qui ont déjà planté leurs pointes cent fois et plus sur les bonnes pistes d’athlétisme, car la natation, notre plus proche voisin sportif, a su se sortir les doigts du maillot pour expédier les Manaudou, Bernard, Leveaux, Bousquet et consorts sur le toit du monde. Oui, fort vrai cela est, et indéniable aussi la nécessité de durcir les modes de sélection, que l’on ait ou pas un vivier de secours.

Peut-être un jour faudra t-il n’emmener que 15 « gars et garces » à la chasse au podium. Et peut-être cela marchera t-il, jusqu’à ce que les délaissés, qui s’entraîneront toujours 5 heures par jour pour ne jamais sortir nulle part, n’abandonnent définitivement ce sport que l’école résume à l’endurance, et que le grand public, les médias et les sponsors, réduisent au 100 mètres, au saut à la perche et aux relais.

Alors oui à l’élitisme, mais sur fond de politique sportive, où la mayonnaise risque fort d’avoir un gout de rance ! "


Premiers élans sur un sautoir en cendrée, avec un tapis renforcé par des pneus et des sacs à patates remplis de kapok, à Montpellier, puis envol vers l'Arizona, terre promise de l'athlétisme. Sans Dominique Biau, les miens, les USA et une bonne dose d'insconscience, peut-être n'aurais-je pas traînées mes guêtres aussi longtemps sur les stades d'athlétisme.

Mickaël Hanany, UTEP star (University of Texas El Paso). Parti sauteur en hauteur national, le géant de Vitry revient sauteur en hauteur international (2m32 et 5ème du mondial berlinois), sauteur en longueur (7m83) et triple-sauteur (15m94).

Ces bleus dont on ne vous parle pas assez : Kafétien Gomis (longueur) et Garfield Darien (110m haies) - Mélina Robert-Michon (disque) et Stéphanie Falzon (marteau) - Antoinette Nana-Djimou (heptathlon) et Johanna Danois (200m)

Maryse Ewanjé-Epée
Contact : maryse@mais-tisse.com

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