
"Une petite semaine que je débriefe Berlin au micro de ma radio d’accueil, RMC, et que je me fais taillader par les auditeurs qui me trouvent maternelles, démagogue, molle du genou athlétique et trop gentille.
Bon, j’ai l’habitude : l’an passé, ce sont les athlètes cette fois qui me battaient froid parce que j’avais fustigé l’attitude de touristes de certains d’entre eux en République Populaire de Chine Olympique. Non que je critiquasse (pas beau mais efficace) les contre performances, mais plutôt le laisser-aller, le « d’toutes façons j’ai aucune chance » qui sévissait trop largement dans les rangs tricolores, encore attisé par les luttes intestines de coach à coach.
Cette saison pourtant fleure bon le renouveau, comme chaque saison post olympique. Une centième fois sur le métier les élus fédéraux ont remis leur ouvrage, s’ « harakirisant » l’intérieur pour comprendre « Pourquoi tant de haine ?» ou plutôt pourquoi si peu de résultats « Ô bonne Mère de la Sainte Piste en Mondo » ?
Un bon gros coup de balais plus tard, on prend presque les mêmes, un grand champion de lutte gréco-romaine en plus à la tête de la formation, Ghani Yalouz, et on recommence.
Yaka et Faucon, les deux frères ennemis, sont de sortie pour tout remettre en place, et le Président Amsallem, le même qu’en 2000 (après la Fanny Olympique), qu’en 2003 (« Amour, Gloire et Beauté » au Stade France), qu’en 2004 (Athènes, morne plaine), qu’en 2005 (« Le retour du cavalier noir : Ladji Ô Ladji ! »), et qu’en 2008 (« Pékin, c’est dégun ou presque! »), qui réalise que la France n’est pas une nation d’athlétisme.
Et vous savez quoi ? J’acquiesce mes poulets avec le bon président, qui ne dit pas que des billevesées, et qui doit souvent se sentir seul dans la galère athlétique !
Comment voulez-vous que Bernard se décarcasse, quand d’année en année, se réduisent comme peau de chagrin les heures dédiées à la pratique du sport en général et de l’athlétisme en particulier dans nos douces cours d’école ? Quand les rares cycles proposés aux minots consistent à les rendre chèvres à tourner en rond autour d’un terrain, en quête d’une hypothétique endurance vite perdue dans les taffes clopées dans les toilettes du lycée ou au bistro entre deux baby-foot. Eh oh ! Me la faites pas, j’ai été lycéenne moi aussi ! Et sans un entraîneur vaillant qui venait me chercher là où il savait me trouver, c’est-à-dire au baby-foot, je n’aurais probablement pas fait d’athlétisme bien longtemps… Merci Domi !
L’heure du bilan berlinois a donc stigmatisé les faiblesses de la France, à la différence d’un pays comme l’Allemagne, qui hier pourtant, s’était cassé les dents sur le marbre olympique avec une seule médaille contre 9 à Berlin !
En dehors sourires d’Atlanta en 1996 – 3 ors dont 2 de Marie-Jo Pérec et un… à la perche, encore, du Mondial de Paris Saint-Denis en 2003 et de l’été indien d’Helsinki en 2005, les métaux ne pèsent donc pas bien lourds dans le bilan de l’athlétisme tricolore, dont les écoles de perche, de relais et de haies ont pourtant fière allure.
Mais pourquoi diable le français moyen se sent-il insulté face aux maigres moissons athlétiques, et pourquoi est-il si prompt à dégainer plumes, claviers et critiques à la pelle au moindre aveu d’impuissance, de blessure ou de préparation incomplète.
Voilà t-y pas qu’on veut nous faire croire que l’insuccès des bleus, c’est la faute à Montel-Montfort et consorts, qui font rien qu’à s’extasier devant les efforts de l’armada tricolore à Berlin (75 capés) ?
Pourtant, il y a bien peu, on reprochait au même duo de toujours critiquer et de ne pas soutenir la pauvre bleusaille. Alors voyons si l’on peut, le temps d’une lecture, ficher la paix aux journalistes dont le métier consiste à relater des évènements et si possible à les faire vivre, sans scier la branche sur laquelle ils commentent en massacrant à la tronçonneuse médiatique des bleuets qui viennent juste d’éclore, et qui demain, si Dieu (du stade) le veut, seront ruisseaux, rivières, océans de bleus !
Voyons si nous pouvons ensemble, communier voire expier notre inculture sportive, et si nous saurons, secouer le cocotier politique qui fait vaguement semblant de nous sortir deux-trois chantiers prioritaires, à chaque défaite en bleu. Mais auparavant, au-paravent, hé hé, deux trois vérités vraies car, pour m’être usés les doigts sur le clavier à répondre à « ceuzes » qui pointaient du mail que « y’a qu’en athlé qu’on est nuls », et que « la natation, là, y’a des champions ! », je crois nécessaire de déconstruire un peu les « évidences »."

Course vers la grande performance pour Johanna Danois, le nouveau minois du sprint français made in Martinique.

Eunice Barber, 5 fois médaillée mondiales dont 2 fois en or entre 1999 et 2005 - une réussite à l'américaine trop vite oubliée.

Ces bleus dont on ne vous parle pas assez : Kafétien Gomis (longueur) et Garfield Darien (110m haies) - Mélina Robert-Michon (disque) et Stéphanie Falzon (marteau) - Antoinette Nana-Djimou (heptathlon) et Johanna Danois (200m)
Maryse Ewanjé-Epée
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